J’ai eu une journée bien occupée, peut-être. Je n’en suis pas sûr.
Les yeux ouverts, je ne voudrais pas commencer à penser.
Et pourtant, j’y ai souvent pensé, à ce sentiment.
Plongés dans une obscurité suffisante, certains moments, lieux, visages persistent, flottent, absorbés par la pensée. Instants de déjà-vu, ni mémorisés, ni inventés. Un équilibre momentané dans lequel rien ne se perd, où tout se multiplie.
Dans l’espace de la galerie, les œuvres de Ian Healy et Zack Rosebrugh entrent en résonance autour de cette sensation. Lieux et visages semblent déjà connus, la mémoire précède le regard, le regardeur en fait l’expérience.
Chez Ian Healy, la peinture se présente comme un objet peint et par l’énergie qu’il peut porter ou transmettre. L’image ne raconte pas, elle renvoie. Les visages, souvent vus de dos ou saisis dans un état de repos, échappent à toute lecture psychologique. Les titres sont pragmatiques, comme Head, Sleeping, Study. Couleur et lumière créent une atmosphère, une expérience pour le regardeur.
Dernièrement, Ian a utilisé les membres de sa famille dans ses œuvres. En référence à sa propre vie, il intègre dans ses peintures des éléments extérieurs comme des feuilles, des brindilles, un crayon, une mouche. Ces éléments apparaissent de manière organique au fil de l’avancement du tableau. Ils montrent simultanément le monde extérieur et le portrait intérieur.
Zack Rosebrugh est constamment à la recherche d’un juste équilibre dans son travail. Il y a un mouvement de va-et-vient, d’arrangements et de réagencements, il ajuste jusqu’à ce qu’il ait l’impression d’être parvenu à la meilleure réponse possible pour un sujet donné. Pour Zack, cette réponse se trouve souvent dans des palettes de couleurs inattendues, une composition réfléchie et une utilisation de la texture. Son approche de la conception d’une pièce vient de sa pratique de l’illustration. Les figures, les intérieurs, les objets ordinaires sont traités comme des fragments soigneusement agencés, presque glissés sur la surface, évoquant la mémoire persistante de l’image numérique.
Dans le ressenti de chacun se trouve un sentiment du déjà.
Regarder une œuvre et en partager mutuellement le déjà-vu.